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Comment photographier les éclairs ?

par Maxime Daviron

S’il y a une chose qui nous réunit sur Chasseurs d’Orages, c’est bien l’image de foudre. Les différentes galeries, articles et dossiers vous en présentent un grand nombre, mais dans le cas où vous vous demanderiez encore comment en réaliser, ce dossier vous est destiné. N’est prérequise qu’une connaissance des bases du mode manuel, mais vous trouverez si besoin des liens cliquables sur les différentes notions abordées.

Nous parlerons ici essentiellement des techniques de photographie de foudre, en essayant d’en aborder les différents aspects ; le reste des prises de vue orageuses (structures, ambiances) relevant des règles photographiques élémentaires, ou des techniques de photographie de paysage. Néanmoins, un rapide point de ces dernières s’impose.


Le matériel

Le matériel nécessaire à la prise de vue de foudre est simple : un appareil avec mode manuel, idéalement à objectifs interchangeables (reflex, hybride), divers objectifs (zooms ou focales fixes selon vos préférences), et un trépied suffisamment stable. Pour le cas de la foudre diurne, une cellule de déclenchement est également nécessaire, mais nous y reviendrons.

Concernant le boîtier, qu’il s’agisse d’un capteur APS-C ou plein format, l’idéal est que ce dernier soit aussi performant que possible en basses lumières et qu’il possède une dynamique suffisamment étendue. Le reste est à votre appréciation. Gardez à l’esprit qu’un matériel d’entrée de gamme – s’il est bien utilisé – est déjà suffisant pour commencer à photographier vos premiers éclairs.


Essentiels & bonnes habitudes

Avant d’entrer dans le détail, il est bon de rappeler qu’il existe certaines « règles de base » à observer pour optimiser la qualité d’une photographie. Concrètement, il s’agit principalement d’utiliser son matériel au maximum de ses capacités.

  • Utiliser le trépied dès que possible. Outre le gain de stabilité, le trépied va vous permettre d’optimiser vos réglages : allonger le temps de pose, fermer le diaphragme si besoin, vous évitant ainsi d’avoir à monter fortement en sensibilité en cas de basses lumières. Concernant la foudre, il va sans dire que le trépied est un indispensable. (Dans le cas de la photographie à main levée, le risque de flou de bougé va croissant en dessous de 1/200s). Photographier sur pied, c’est aussi l’occasion de peaufiner son cadre avec plus de précision.
  • Du point de vue du fichier de base, il est essentiel de photographier en format RAW (brut) : le fichier va alors enregistrer toutes les informations sans les compresser, vous laissant ainsi une grande latitude au moment du développement : il sera alors possible d’extrapoler les données et d’ajuster au mieux tous les paramètres de l’image : hautes et basses lumières, balance des blancs, etc. Un avantage considérable, par exemple, lorsqu’il s’agit de rattraper une éventuelle surexposition (exposition trop lumineuse).
Exemple de flou de bougé dû à un bref mouvement du trépied.

Les réglages

Ce sont eux qui vont définir la qualité finale d’une image. Certains réglages possèdent un optimum qu’il est bon de connaître.

  • Temps de pose : il n’y pas vraiment de règle si ce n’est, comme évoqué précédemment, qu’il faut toujours veiller à éviter le flou de mouvement. Dans le cas des longues expositions, ce type de flou arrive souvent à cause d’un trépied mal stabilisé, ou d’un coup de pied malencontreux. Quoi qu’il en soit, le temps de pose est le levier principal pour ce qui est de la gestion de l’exposition : les ISO devant idéalement rester aussi bas que possible, c’est avec la vitesse d’obturation que l’on va capter la lumière nécessaire à l’exposition – l’ouverture du diaphragme étant généralement assujettie à l’intensité lumineuse des éclairs, dans le cas de la photographie de foudre. (On parle aussi de « durée d’exposition » ou de « vitesse d’obturation » pour se référer au temps de pose).
  • Ouverture du diaphragme : sur la plupart des objectifs, l’ouverture optimale – et donc le meilleur piqué (netteté) – se situe environ au milieu de l’échelle normalisée du diaphragme, à savoir aux alentours de F8 à F11. C’est également dans cette « zone » que les aberrations optiques et le vignetage sont à leur minimum – il existe néanmoins des exceptions, notamment sur certains téléobjectifs. (L’ouverture va également jouer sur la profondeur de champ, mais dans le cas de la photographie de foudre, cet aspect n’est généralement pas primordial).
  • Sensibilité : il existe une sensibilité dite « nominale » d’un capteur, à savoir sa sensibilité réelle, correspondant habituellement à 100 ou 200 ISO (généralement égale à la sensibilité « minimum », sauf en cas de low-ISO sur certains boîtiers). Au-delà de cette valeur, la sensibilité est donc étirée artificiellement : c’est ce qui provoque le bruit numérique (grain) à mesure que l’on monte en ISO. (Certains boîtiers permettent de monter très haut en sensibilité sans que le bruit soit trop important tandis que d’autres le gèrent assez mal).
  • Balance des blancs : il s’agit du réglage qui va permettre de restituer la colorimétrie d’une scène en fonction de la source de lumière (naturelle, flash, tungstène, etc). Dans le cas où l’on photographie en format RAW, la balance des blancs peut se régler au moment du « développement ». Selon votre appareil, le mode automatique affiche généralement un rendu relativement correct, mais il est aussi possible de régler la balance des blancs manuellement – mesurée en degrés kelvin (K). D’une manière générale, il est intéressant de tenter de la régler le plus fidèlement possible sur le terrain plutôt qu’à posteriori en se basant sur des souvenirs parfois trompeurs, quitte à l’affiner en post-production.
  • Mise au point : cela peut paraître évident, mais il faut systématiquement apporter une attention particulière à la mise au point. Elle doit toujours être manuelle. À l’œil nu dans le viseur, la précision peut parfois faire défaut : il est alors possible de s’aider du live view, en zoomant au maximum sur l’image pour vérifier que le point est optimal. De nuit, en l’absence de lumières à l’horizon ou d’étoiles dans le ciel, la mise au point doit se faire sur l’infini (repéré sur l’objectif par son symbole « ∞ »). Passé une certaine distance (dépendant notamment de la focale et de l’ouverture), l’intégralité du paysage sera alors net.
Échelle normalisée du diaphragme (partielle).

Maintenant que nous avons révisé les essentiels, nous pouvons entrer dans le vif du sujet.


Photographier la foudre nocturne

S’il n’existe pas de réglage « passe-partout » pour les orages de nuit, on retrouve tout de même des similitudes récurrentes et certaines astuces à observer.

Le temps de pose

La pose longue est systématique. Elle permet de capturer la foudre sans avoir à utiliser de cellule de déclenchement (tout éclair passant dans le cadre durant la durée de la pose s’imprimant sur le capteur). Son rôle est aussi théoriquement* de capter suffisamment de lumière pour exposer correctement l’image.

* Pourquoi « théoriquement » ? Car dans le cas particulier de la foudre nocturne, il arrive que l’exposition ressorte totalement sous-exposée en l’absence d’éclair. C’est alors la luminosité de ce dernier qui viendra éclairer le paysage, et c’est sur une exposition incluant la foudre qu’il faudra baser ses réglages. (Cf. points suivants sur l’ouverture du diaphragme et la sensibilité).

Sa durée est à ajuster selon différents paramètres : la fréquence du foudroiement, la luminosité ambiante, la présence de structures nuageuses, etc.

Exemple 1 : dans le cas d’un orage monocellulaire isolé, si on souhaite avoir une image de la structure nuageuse « figée », il faudra veiller à éviter que plusieurs flashs ne viennent se superposer. Sachant que le nuage bouge, il en résulterait une « surimpression » de la structure à différents moments et endroits dans le cadre, donnant une sensation de flou.

Exemple 2 : dans le cas d’une cellule très active électriquement, une pose assez longue pourra mener à une surexposition de l’image. Si l’on souhaite obtenir une image avec le plus d’éclairs possible, il faudra donc fermer son diaphragme. À l’inverse, si l’on préfère une image avec moins de foudre, il faudra raccourcir son temps de pose, et ajuster le diaphragme en conséquence.

Exemple d’un foudroiement multiple sur une pose longue. 30s | F6.3 | 200 ISO [Nikon D750 + 85 mm]

Concrètement : la durée d’une exposition varie habituellement de quelques secondes à 30 secondes, qui est souvent la valeur prédéfinie la plus longue sur un boîtier classique. Pour aller au-delà de cette durée, il faudra utiliser le mode « bulb » (durée d’exposition définie manuellement) couplé à une télécommande.

L’ouverture du diaphragme

Le réglage du diaphragme est principalement assujetti à l’intensité des éclairs, leur proximité et leur contexte. Certains orages génèrent des impacts plus puissants, d’autres sont saturés par des précipitations intenses ; d’autres, encore, avancent plus rapidement qu’on ne l’aurait cru. La clé est donc d’observer attentivement le comportement de l’orage, l’intensité des éclairs, la fréquence et le type de foudroiement, etc. La règle d’or est l’anticipation, sans quoi la surexposition est vite arrivée.

Exemple 1 : un orage générant une majorité d’éclairs intranuageux sévit dans la nuit. Dans l’éventualité d’un coup de foudre (dont la probabilité est à évaluer selon le contexte), il faut alors fermer le diaphragme de façon à ce que les flashs soient sous-exposés, car la luminosité du potentiel impact sera largement supérieure.

Exemple de cette technique. 30s | F20 | 200 ISO [Nikon D750 + 20 mm]

Exemple 2 : un orage nocturne génère soudainement des précipitations plus intenses, souvent caractérisées par une couleur bleue lors des flashs. Il faut alors fermer le diaphragme : l’atmosphère saturée d’eau va réfracter la lumière et l’amplifier. Le risque de surexposition est alors bien plus présent qu’en cas d’orage sec, d’autant plus si l’effet des précipitations est sous-estimé.

Exemple d’une cellule très pluvieuse. L’activité électrique s’étant décalée soudainement dans ma direction, je n’ai pas eu le temps de fermer suffisamment le diaphragme, et le canal de l’impact apparaît légèrement surexposé. 30s | F6.3 | 320 ISO [Nikon D750 + 50 mm]

Exemple 3 : un orage génère une majorité d’impacts positifs : il faut davantage fermer son diaphragme que face à des impacts négatifs dans un contexte similaire. Les impacts positifs sont nettement plus puissants, et ont facilement tendance à surexposer l’image.

Exemple de foudre positive. 30s | F11 | 800 ISO [Nikon D7000 + 10-20 mm à 12 mm]

À l’inverse, la sous-exposition est plus rare, ou du moins plus facile à éviter ou à rattraper. Une adaptation des réglages sur la pose suivante suffit théoriquement à s’en prévenir, et les images sous-exposées seront alors celles où des éclairs « timides » auront eu lieu, c’est-à-dire – sauf exception – ceux qui nous intéressent le moins.

Il peut parfois être tentant de faire une très longue pose pour capter un maximum d’éclairs. Le problème de cette technique est qu’il devient difficile de maîtriser l’exposition finale, et qu’avec la chaleur du capteur, des « pixels chauds » vont finir par apparaître. Il faut donc apprendre à connaître les limites de son matériel. (La technique du « stacking » peut permettre de simuler une exposition très longue, cf. chapitre sur la post-production).

Exemple de pixels chauds sur un capteur fatigué (Crop 100%).

Concrètement : l’ouverture du diaphragme peut s’étendre sur toute l’amplitude offerte par l’objectif, mais les valeurs utilisées le plus fréquemment vont environ de F5 à F16. Parfois moins dans le cas d’un orage lointain ou peu lumineux, parfois plus dans le cas d’une cellule proche et très précipitante. Là encore, le cas par cas est de mise.

La sensibilité

On l’a vu, la sensibilité est le dernier levier à utiliser pour définir l’exposition de son image. Si le temps de pose et l’ouverture du diaphragme nous le permettent, on préférera rester à la sensibilité nominale du capteur (100 ou 200 ISO). En revanche, si les autres réglages ne peuvent plus bouger et que la luminosité vient à manquer, il faudra monter en ISO – en faisant, encore une fois, attention au risque de surexposition.

Il faut garder à l’esprit qu’une exposition durant laquelle la foudre n’est pas tombée sera en général largement sous-exposée (à l’exception du crépuscule et de l’aube, ou avec une lune assez lumineuse). Rappelons donc qu’il ne faut pas seulement se baser là-dessus, mais plutôt sur une exposition durant laquelle un éclair « standard » (au regard du contexte) est sorti, et dont la luminosité a éclairé le paysage nocturne.

Exemple d’une image où la montée en ISO était obligatoire du fait d’une luminosité très faible. 30s | F5.6 | 800 ISO

Concrètement : les valeurs utilisées vont généralement de 100 ISO à 1600 ISO dans le cas d’un orage très sombre ou lointain, rarement plus.


Photographier la foudre diurne

Dans le cas particulier de la foudre diurne, l’absence de possibilité d’une longue exposition complique les choses. Il serait légitime de penser que fermer le diaphragme au maximum puisse compenser ce problème (de même qu’utiliser un filtre ND), mais il n’en est rien : le résultat donnera alors, dans la majorité des cas, des éclairs excessivement sous-exposés et très fins, avec des ramifications souvent invisibles.

Une autre solution bien fastidieuse serait d’envisager de photographier en rafale : outre que cela saturerait les cartes mémoires en un rien de temps, la mécanique de l’appareil en prendrait un coup, et sa durée de vie chuterait rapidement – sans parler du fait que, de toute façon, l’appareil « fatiguerait » au bout de quelques secondes à quelques minutes, et ne serait plus en mesure de poursuivre la rafale.

La seule solution qu’il nous reste est alors d’utiliser un dispositif capable de détecter les éclairs et de déclencher instantanément. Par chance, de telles choses existent désormais : appelées « cellules de déclenchement », elles fonctionnent en général grâce à une détection optique de la variation de l’intensité lumineuse – même la plus ténue. Une fois branché à un appareil photo, un détecteur de ce type est donc capable de capter la foudre diurne à notre place.

L’utilisation d’une cellule de déclenchement n’est cependant pas une solution miracle et infaillible, et là encore certaines règles doivent être observées.

Déjà, sa capacité à déclencher au bon moment ne dépend pas uniquement de sa fabrication : le lag time (« temps de réaction ») de chaque appareil photo influe aussi nettement sur les chances de réussir. Cela dit, la vaste majorité des reflex et hybrides seront capables d’obtenir un minimum de résultats. (Le type de cartes mémoires utilisé peut également avoir un impact, favorisez donc les plus rapides).

Mais le taux de réussite dépend également des réglages : au-delà d’une exposition de 1/60s à 1/100s pour les boîtiers les plus réactifs, les chances de capturer l’éclair durant un laps de temps si court s’amenuisent grandement. La durée d’exposition doit donc être aussi longue que possible, mais la forte luminosité du jour n’offre malheureusement pas une grande marge de manœuvre. Encore une fois, l’ouverture du diaphragme dépend de l’intensité des éclairs, et le fermer excessivement sous-exposerait ces derniers. La sensibilité doit donc être systématiquement la plus basse possible.

Exemple d’image réalisée avec une cellule de déclenchement (Lightning Sensor V4). 1/100s | F6.3 | 50 ISO [Nikon D750 + 50 mm]

Maximiser ses chances avec le mode rafale

Si on a vu un peu plus tôt que la prise de vue en rafale continue n’était pas une option envisageable, l’utilisation du mode rafale couplé à la cellule de déclenchement permet de maximiser ses chances. En effet, au lieu d’une seule photo par déclenchement, l’appareil prendra 3 à 4 images à chaque détection, augmentant mathématiquement les chances de réussite.

Exemple 1 : Vous n’êtes pas en mode rafale, et le détecteur déclenche sur une décharge intranuageuse précédant un impact. La photo se fait trop tôt, et l’impact tombe après la pose si la durée de l’exposition est trop courte.

Exemple 2 : Vous n’êtes pas en mode rafale, et le détecteur déclenche sur une séquence électrique assez longue. La photo ne capte que le début de celle-ci, manquant potentiellement les éclairs qui ont suivi.

Exemple de séquence électrique captée grâce à une cellule (Lightning Sensor V1), avec mode rafale enclenché (deux expositions successives avec un écart de 0.15 seconde : d’abord l’internuageux de droite, ensuite la propagation jusqu’à l’impact de gauche). Les deux images sont ensuite assemblées en post-production (Cf. paragraphe sur le stacking). 2 x 1/13s | F6.3 | 100 ISO [Nikon D7000 + 35 mm]
Exemple de coup de foudre décomposé sur deux images successives. En premier : le canal principal et ses ramifications ; en second : le canal seul (arc en retour). Images brutes – 1/30s | F5.6 | 50 ISO [Nikon D750 + 50 mm]

L’inconvénient de cette technique est que, sous un orage très actif électriquement, les cartes mémoires arriveront rapidement à saturation. La solution est le « verrouillage » systématique des images réussies via une commande figurant normalement sur tous les boîtiers numériques. Il suffit alors d’utiliser l’option « supprimer tout » pour qu’il ne reste sur la carte mémoire que les images verrouillées, évitant ainsi un tri fastidieux au cœur de l’action.

Il existe de nombreuses cellules de déclenchement, et chaque modèle possède ses propres spécificités : sensibilité, réglages possibles, etc. Chez Chasseurs d’Orages, on ne se cache pas d’avoir une nette préférence pour le Lightning Sensor (actuellement V4, option V4B) de Radio HAM Electronic, qui se démarque par un taux de succès particulièrement élevé, une construction irréprochable et un réglage de la sensibilité très précis. Ces cellules sont fabriquées en France, de même que les cellules LPTm3, qui sont une alternative possible. À titre informatif, le Lightning Sensor V4 est disponible à 179€, et la LPTm3 à 119.90€.

Concrètement : Sensibilité ISO au minimum ; diaphragme en dessous de F8 sauf en cas de foudroiement proche ou intense ; et temps de pose aussi long que le contexte le permet, en restant idéalement en dessous de la barre des 1/60s à 1/100s (la vitesse maximum dépendra aussi du lag time de votre appareil, et l’expérience vous donnera cette limite). Pensez également au mode rafale, et à ajuster la sensibilité de votre cellule régulièrement si cela est possible.

Exemple d’image réalisée avec le Lightning Sensor V4B. 1/2s | F8 | 50 ISO [Nikon D750 + 20 mm]
Exemple d’image réalisée avec la LPTm3. 1/20s | F5 | 100 ISO [Sony A7R II – 58 mm] © Christophe Asselin.

Le cas particulier du crépuscule

Entre le début de l’heure bleue et la fin du crépuscule, la plupart des cellules de déclenchement ont parfois des difficultés à détecter les éclairs, quand bien même ils apparaissent paradoxalement plus distinctement à nos yeux. Une solution est alors de pousser la sensibilité de la cellule au maximum si celle-ci le permet, et de basculer en poses longues manuelles dés que possible.


La post-production

Développer un RAW

La première phase du post-traitement, dans le cas où les images ont été prises en format RAW, consiste à développer ce dernier. Le logiciel le plus largement répandu pour ce faire est Adobe Camera Raw, sous Photoshop / Lightroom. Une large palette d’outils s’offre alors à vous, le plus important étant l’onglet « Réglages de base », où vous pourrez ajuster la balance des blancs, tous les aspects de l’exposition ainsi que la colorimétrie de base (qui peut être affinée plus en détails dans « Mélangeur de couleurs » et « Étalonnage des couleurs »).

Camera Raw étant une « usine » assez bien garnie, vous trouverez de nombreux autres réglages possibles dans les divers onglets, mais l’essentiel pour débuter se trouve dans les réglages de base.

Une fois vos ajustements effectués, il ne vous reste qu’à ouvrir l’image dans Photoshop ou Lightroom.

Palette de réglages sous Adobe Camera Raw.

Le post-traitement

À partir de ce stade, il devient difficile de donner des indications précises. Tout logiciel de post-traitement, et particulièrement Photoshop, offre des possibilités quasi infinies. À partir de votre image, vous allez pouvoir utiliser différents calques de réglages (à conserver afin de pouvoir revenir dessus si besoin), vous permettant d’équilibrer la lumière, les contrastes, la colorimétrie, etc. Si vous n’êtes pas familiers avec cette partie du post-traitement, je ne peux que vous inviter à consulter les nombreux tutoriels disponibles en ligne, il en existe pour tous les niveaux.

À ce moment du post-traitement, vos choix définiront le rendu final de votre image. À vous de décider ce que vous voulez en faire, si vous souhaitez conserver un rendu réaliste ou en faire une interprétation différente. Attention toutefois : il est fréquent d’avoir envie de pousser un peu trop les curseurs lorsque l’on découvre la retouche. Au contraire, allez-y petit à petit, par de subtiles couches successives ; et comparez régulièrement le résultat avec le fichier de base. Un bon moyen de prendre un peu de recul sur sa retouche est de laisser « décanter » l’image et d’y revenir un peu plus tard. Si le traitement est trop agressif, vous devriez alors le remarquer instantanément (bien que cette appréciation reste subjective).

Une technique particulière : le « stacking »

Cette technique consiste à assembler plusieurs expositions successives (sans avoir bougé son cadre) en post-production afin de simuler une pose plus longue tout en gardant une bonne maîtrise de l’exposition. Expliquer ici le processus complet serait trop long, mais l’idée est de développer les expositions successives en veillant à ce que leur luminosité et leur colorimétrie soient la même, puis de les assembler en calques successifs sur le logiciel de retouche en jouant sur les modes de fusion. Là encore, de nombreux tutoriels sont disponibles en ligne. (Attention toutefois, le stacking ne doit pas être confondu avec la photomanipulation, qui consiste à assembler plusieurs photographies réalisées à différents endroits et moments pour créer une scène de toutes pièces).

Exemple de stacking sur quelques minutes. Ici, la saturation du cadre est l’effet recherché pour illustrer l’intense activité électrique. 12 x 30s | F7.1 | 400 ISO [Nikon D750 + 50 mm]

Conseils & astuces supplémentaires

La pratique de la photographie de foudre est sans nul doute une activité où l’expérience empirique est nécessaire pour maximiser ses chances de succès. Voici quelques astuces qu’il est bon de connaître.

  • Chaque seconde compte : alors que l’on se retrouve face à une cellule foudroyante, la dernière chose à faire est de perdre du temps. Il faut donc optimiser ce dernier au maximum et ne pas gaspiller de précieuses secondes : laisser le trépied déplié dans son coffre, le matériel facilement accessible et bien ordonné, et ne pas tergiverser trop longtemps au moment de l’installation. Les plus beaux impacts se font parfois un malin plaisir de tomber une seconde avant que l’on ait appuyé sur le déclencheur.
  • Utiliser une télécommande : qu’elle soit filaire ou infrarouge, elle permet d’éviter les vibrations éventuelles du déclenchement à la main, et surtout de déclencher en continu si elle dispose d’un tel mode. En l’absence de télécommande, la plupart des boîtiers possèdent un intervallomètre constituant une alternative possible.
  • Verrouiller ses photos : cette technique permet de protéger ses images réussies d’une suppression malencontreuse ; mais aussi, comme évoqué précédemment, de s’éviter un tri long et fastidieux, nous faisant potentiellement rater des éclairs si on doit le faire pendant l’orage.
  • Prévoir des batteries de rechange : ce conseil tombe sous le sens, mais photographier les orages revient à solliciter la batterie en permanence. En avoir une seconde dans le sac est donc un minimum. De même, acquérir un adaptateur afin de pouvoir les charger sur la prise allume-cigare est à envisager sérieusement pour les dégradations étalées sur plusieurs jours.
  • Stabiliser son trépied : sous un orage, le vent n’est évidemment pas rare. Les pieds les plus résistants peuvent alors être malmenés, et on a vu que la stabilité n’était pas une option. La solution est alors de suspendre du poids au trépied : généralement grâce à un crochet spécialement prévu à cet effet, situé sous la colonne centrale. Le poids en question est souvent un sac de pierres, mais tout autre objet lourd (ou même le sac photo) peut faire l’affaire.
  • Se protéger de la pluie : si le pare-soleil de l’objectif ne suffit pas, il peut être intéressant de se confectionner un « pare-gouttes » digne de ce nom en bricolant un peu. Un petit chiffon doit d’ailleurs toujours rester à portée de main pour pouvoir essuyer la lentille en cas de besoin. Le reste du boîtier est également sensible à l’humidité : si certains sont tropicalisés, il peut être idéal de se procurer une housse étanche (au pire, un sac plastique amélioré) pour protéger le matériel de la pluie. (Outre le matériel, le photographe peut lui aussi faire bon usage d’un poncho de pluie).
  • Prévoir une lampe frontale : inutile d’expliquer pourquoi s’éclairer la nuit peut être un plus, la lampe frontale est évidemment un indispensable.
  • Bricoler sa voiture : la voiture étant l’abri principal du chasseur d’orage, il est donc presque systématique de se retrouver dans l’habitacle pour photographier un orage proche. Concevoir un système permettant de le faire correctement est un gros plus (en revanche, les autocollants et autres gyrophares ne sont pas indispensables).

Cette liste pourrait continuer longtemps, mais elle ne se veut pas exhaustive. Chacun développera ses propres astuces au fil de son expérience. Car c’est l’expérience, justement, qui finira par vous donner une intuition de plus en plus fiable sur les réglages et les choix les plus adaptés selon chaque type de situation – et c’est un apprentissage qui ne s’arrête jamais.

Dernier récapitulatif : le contenu du sac photo

  • Boîtier(s), objectifs
  • Cellule de déclenchement et pile de rechange
  • Batteries et cartes mémoires supplémentaires
  • Télécommande(s)
  • Chargeur de batteries, adaptateur
  • Chiffon, protections anti-pluie
  • Trépied

Pour aller plus loin

Ce dossier n’aborde que la partie purement technique de la prise de vue, mais une « traque » réussie dépend de nombreux autres facteurs, abordés dans divers dossiers disponibles sur le site :

Comment prévoir un risque orageux ?

La sécurité en chasse à l’orage

Filmer l’orage : matériel, techniques et conseils


Rédaction, mise en page et photographies : Maxime Daviron.

Photographie de la LPTm3 : Eric Tarrit.
Photographie réalisée avec la LPTm3 : Christophe Asselin.

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